Dans les coulisses du shadow coaching : pour bien accompagner, vivons cachés
Une à deux fois par an, un client me demande un shadow coaching : personne, dans son entourage professionnel, ne doit savoir ni soupçonner qu’il est accompagné.
Ce n’est pas une question de honte. Il y a belle lurette que le recours au coach n’est plus vécu comme un aveu d’incompétence.
Grâce aux sportifs de haut niveau, qui ont montré la voie, les perceptions se sont inversées : c’est celui qui affirme se passer de toute aide extérieure qui suscite le doute.
Alors, pourquoi cette exigence de confidentialité verrouillée ?
Parce que le client veut creuser un sujet à très fort enjeu, sans que les parties prenantes parasitent sa réflexion, changent d’attitude ou déploient des stratégies défensives.
Exemples :
• je dois décider si je revends ma société, sans mettre mon Codir dans la boucle ;
• mon job de top manager ne me convient plus, j’essaie de faire bouger les lignes ou je pars ?
• je veux sortir d’un conflit d’associés qui s’enlise, avec une solution « à ma main ».
En pratique, le shadow coaching impose des précautions :
• Aucun rendez-vous en présentiel au bureau du client. Un endroit neutre. Ou certains choisissent de venir à mon cabinet.
• Pour le distanciel, le client préfère souvent être chez lui, pour ne pas être dérangé ni écouté aux portes.
• L’intitulé des factures, nébuleux, mais soigneusement travaillé, ne doit pas alerter un comptable un peu perspicace.
• Il faut de l’à-propos, le jour où des circonstances improbables vous mettent en présence du client et d’un collaborateur qui passait par là : « et donc, monsieur Curnier, quelle est votre activité ? ... »
Tout cela s’apparente parfois à la gestion d’une liaison extra-conjugale. Il est permis d’en sourire. Mais n’en sous-estimez pas les avantages.
Le secret partagé renforce l’alliance de changement.
Le client qui se rend chez moi profite des trajets pour préparer, puis « digérer » les séances.
Le distanciel depuis son domicile le déplace dans un autre cadre, propice aux pas de côté intellectuels.
Sur le fond, le shadow coaching part d’un sujet professionnel, mais s’étend toujours à ses répercussions personnelles.
Vous devez revisiter avec votre client ses représentations, questionner sa hiérarchie de valeurs, évoquer ses croyances… et ses raisons de croire en lui.
Vous lui parlez de confiance, car la décision qui s’élabore comportera de l’incertitude. Confiance en soi, en l’autre, dans la situation, dans le système, dans la vie.
Vous l’aidez à cheminer sur une interrogation fondamentale : à la fin de ma carrière, qu’est-ce que je veux absolument avoir réalisé pour ne rien regretter ?
Au fil des séances, votre client commence à changer. Et son entourage professionnel commence à le remarquer.
Mais on cherchera l’explication ailleurs que dans ce shadow coaching dont personne n’a eu vent. La formule fonctionne. Et elle a démontré son efficacité.
Jérôme Curnier