- Publié le 7 février 2019

Histoires de Croyances épisode 3 : notre besoin irrépressible de sens…

pour en savoir plus participez à la conférence du 28 mars 2019

Introduction

Philosophes et théoriciens du sens de l’existence nous renvoient toujours à notre responsabilité devant l’existence. Fritz Künkel[1] rappelle le poids de cette responsabilité par cette citation célèbre : « Tu dois comprendre que tu es à la fois sujet et objet, libre et responsable, que tu ne peux échapper aux conséquences de ta conduite et que tu porteras jusqu’à la responsabilité de ta fuite devant ta responsabilité ».

Le but de cet article est de proposer quelques points de repère sur la notion de sens dont nous avons besoin pour mener notre existence et prendre la responsabilité de ce que nous décidons de vivre et nous vivons.

Conception « frankélienne » de l’existence

Selon Viktor Frankl, l’être humain est mû par un besoin de sens inaliénable et irrépressible. Si nous l’empêchons de satisfaire sa « volonté de signifiance », l’homme (au sens générique du terme) « tombe » psychiquement malade. Comme je le rappelais dans le volume 1, cette approche constitue une rupture radicale :

  • d’une part, avec la vision de Freud dont l’approche thérapeutique portait sur la vie instinctive de l’espèce humaine,
  • d’autre part, avec celle d’Adler qui porte sur la relation que l’individu entretient avec son environnement social comme étant orientée par l’aspiration du pouvoir afin de compenser une blessure, un complexe d’infériorité profondément ancré.

Cette conception « frankélienne » d’un homme mené par sa volonté de signifiance ouvre des perspectives responsabilisantes et offre des axes d’accompagnement thérapeutique que V. Frankl a regroupés sous le terme de « logothérapie ».

Frankl affirme en effet que la vie est pourvue d’un sens inaltérable qu’elle ne saurait perdre en aucun cas. Il en fait d’ailleurs la troisième assise anthropologique (outre la volonté de signifiance et la liberté de vouloir), sur laquelle repose sa démarche thérapeutique lorsque la personne fait face au vide existentiel, c'est à dire à une perte de sens qui le déprime. V. Frankl souligne que, même si la vie en soi a un sens, cela ne nous dispense pas de donner du sens à notre vie particulière, voire même nous y oblige moralement. Il incombe par conséquent à chacun d’entre nous de construire le sens qu’il souhaite à son existence. La position de V. Frankl est une vision positive du monde, plus encourageante que la brutalité du « la vie n’a pas de sens a priori », pour le moins ! Cette vision positive du monde induit la responsabilité individuelle de transformer en accord constructif la « triade tragique », expression sous laquelle V. Frankl regroupe les trois expériences de la souffrance, de la culpabilité et de la mort.

 Une absence de sens a priori de notre existence ou un sens à construire

Considérons un instant que ni l’homme, ni la vie ni le monde n’a de sens a priori. La confrontation de l’être humain à l’angoisse et à la frustration de ne pas être tout puissant va pratiquement l’obliger à créer du sens à tout prix ; ne serait-ce que pour se défendre psychologiquement et physiquement contre les agressions de l’existence, structurer le temps qui passe et échapper ainsi à la phobie de sa propre vacuité, sa peur du vide.

Première formulation de ce que l’on nomme le sens

La façon dont une personne construit le sens qu’elle donne à son existence est évidemment extrêmement complexe mais je propose ici de reprendre l’hypothèse chère aux PNListes que le sens tourne autour de trois aspects :

  • la raison d’être et d’exister qui s’articule autour de termes tels que les missions que la personne se donne à elle-même et les valeurs dont elle se réclame ;
  • la cohérence qu’elle ressent entre ce qu’elle vit intérieurement (dimension endogène) et ce qu’elle expérimente extérieurement (dimension exogène), qui implique notamment le caractère et les « images de marque » de la personne mais aussi ses croyances ;
  • la direction qu’elle prend, à savoir ses actes, ce qu’elle accomplit dans sa vie personnelle et dans sa vie professionnelle.

Deuxième formulation

Vincent Lenhardt parle pour sa part de molécule du sens[2] composée de quatre éléments indispensables pour que le sens résiste à l’érosion du quotidien. Ces « atomes » sont :

  • L’objet d’attachement : V. Frankl rappelle que devant l’horreur des camps de concentration, ceux qui avaient survécu disposaient tous d’un objet d’amour et d’attachement qu’il soit réel (une personne), imaginaire ou virtuel (une idée, un projet non encore mis en œuvre) ou encore symbolique (un engagement politique, une croyance spirituelle ou religieuse, autrement dit quelque chose qui dépasse le réel, voire le transcende). Le Général de Gaulle affirmait que « devant les grands périls le salut n’était que dans la grandeur » ; nous pourrions désormais souligner que « devant les grands périls, le salut n’est que dans l’attachement ! »
  • La capacité d’être en relation : c’est dans l’altérité que l’identité se construit dans un premier temps. Nous sommes des êtres sociaux autant (et avant) que nous sommes des personnes individualisées. Si la relation nous définit en partie, elle est toujours l’objet d’un travail à poursuivre qui va de la conscience de l’altérité (je suis différent de l’autre, l’autre l’est de moi et j’ai besoin de me nourrir de cette différence pour affirmer mon altérité) à l’oblativité (advenir au don de soi sans plus de souci de son devenir). L’objet d’attachement seul ne peut suffire, c’est dans la capacité de relation renouvelée sans cesse qu’il demeure. Ce travail donne sens à la personne qui, par le biais de cette construction dans la relation, se développe.
  • Le rêve : sans rêve, sans l’existence ou la croyance à quelque chose d’infini, le sens que l’on donnera à son existence courra toujours le risque de s’affadir.
  • Et l’énergie qui résulte de l’interpénétration des trois éléments précédents.

Troisième formulation

Troisième formulation que j’emprunte à Emily Esfahani Smith et qu’elle décrit dans son ouvrage « The Power of Meaning: Crafting a Life That Matters ». Cette jeune femme y dénonce le fait que notre société est obsédée par le bonheur, alors qu’il existe une voie plus épanouissante, celle de la quête du sens. Elle articule le sens autour de quatre piliers :

  • L'appartenance et l’action qui en découle qui consiste à trouver sa tribu et compter sur elle. C’est un besoin de base déjà largement décrit par A. Maslow.
  • La raison d'être qui émerge lorsque l’on identifie ce qui nous motive, les valeurs qui nous poussent à agir. Elle recommande à cet égard de veiller à agir dans le souci de se mettre au service d’autrui.
  • La mise en récit qui consiste à verbaliser, écrire tout ce qui forge son identité.
  • Et enfin le respect de la dimension transcendante de l’existence dont une équivalence concrète peut être d’accueillir les moments qui connectent chacun à quelque chose qui le dépasse, qu’il s’agisse d’une œuvre d'art ou d’un coucher de soleil ; mais encore toute production artistique, la quête de « Dieu » dans une religion et une confession particulières…

Les trois perspectives (PNListe, celle du courant de V. Lenhardt et celle présentée Emily Esfahani Smith) ne s’opposent pas, bien entendu mais méritent qu’on souligne leur spécificité : la première donnant accès à une dimension individuelle ; la deuxième ouvre à la présence de l’autre et d’un éventuel ineffable. La troisième introduit la dimension chère à P. Ricœur, à savoir l’identité narrative, ce que les anglosaxons appelle le « story telling » qui se décline éventuellement en « personal branding ». Le sujet est vaste et a donné lieu au courant de L’Approche Narrative, sujet passionnant et profondément réparateur pour ceux qui s’y adonnent.

Chacun pourra se nourrir de ces trois formulations pour notamment travailler la dynamique relationnelle qu’il met en place avec ses proches, ses amis, ses collègues, parfois ses clients s’il s’agit de professionnels de la relation d’aide.

Notre besoin de sens

Revenons maintenant à notre besoin de sens : il est si puissant que parfois, faute de savoir le construire, nous préférons que les autres définissent le sens que nous allons donner à notre vie plutôt que de rester sous le coup de l’angoisse quasi métaphysique de l’absence de sens (qui est une forme de vacuité). Force est de constater que le sens que nous donnons à notre vie est largement conditionné par ce que les autres en disent ou attendent de nous, voire le sens qu’ils donnent à l’existence qui est la leur.

C’est la raison pour laquelle V. Frankl suggère que l’élaboration du sens par la personne – et donc l’art de se prendre en charge – va exiger d’elle deux mouvements, le premier de connaissance de soi, le second de travail sur soi.

Nous les résumons ici :

  •  La connaissance de soi : elle consiste en une relecture de son existence par une démarche active encadrée par des protocoles circonstanciés. C’est la démarche de découverte du « soi » tel qu’il est devenu. Cette démarche révèle l’inconscient instinctif, l’empreinte d’une éducation et ses directions et enfin les apports que la personne a volontairement tirés des époques révolues. Pour effectuer ce travail, la personne « doit » désirer et accepter de s’entendre dire et de se dire des choses sur elle-même.  
  • Le travail sur soi : V. Frankl rappelle que si l’homme a un caractère, il est surtout une personne et il devient une personnalité : « La personne que tu es, quand elle s’affronte au caractère que tu as, prend position à son égard, le forme et le reforme et devient une personnalité ». Le travail sur soi relève donc d’une démarche « proactive », laquelle permet l’acquisition de ce que peut édifier le soi en devenir, sur la base des éléments identifiés par la connaissance de soi.

Le travail sur soi va conduire la personne à développer deux aptitudes profondes : celle de la distanciation par rapport à elle-même notamment par l’humour et celle de dépasser les événements, voire de se dépasser elle-même.

Au cœur même de ce dépassement se situera la contribution de chacun à quelque chose de plus grand que lui, ou plus génériquement au sens de la vie, ce que V. Frankl a appelé la « capacité d’auto-transcendance ». On pourra assimiler le besoin que ressent une personne de participer, de contribuer au bien commun à une incarnation concrète de ce dépassement de soi.

Nous verrons dans un prochain article
  • les grands domaines de la quête de sens ;
  • la relation étroite entre sens et croyances ;
  • les formes différentes que peut prendre le sens : sens sain, non-sens, contre-sens, sens interdit, anti-sens ;

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